Hollywoodland 90's : le cinéma américain des années 90
Un message impérialiste clair : l'Amérique protège et sauve le monde
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Le réalisateur Roland Emmerich et le producteur Dean Devlin sont les rois du recyclage. Dans "Universal soldier", ils mixaient sans panache les thèmes de "RoboCop" et "Rambo". Avec "Stargate, la porte des
étoiles", ils mélangeaient habilement "Les
aventuriers de l'arche perdue", "La guerre des étoiles" et "Les dix commandements". Quant à "Independence day", il s'agit ni plus ni moins
d'une nouvelle version de "La guerre des mondes" mâtinée de film catastrophe à la "Tremblement
de terre" dont étaient friandes les années
70.
Alors que des phénomènes climatiques inhabituels interpellent la communauté scientifique, une série d'objets gigantesques se dirigeant à vive allure vers la Terre sont détectés par les
astronomes. Bientôt, il s'avère que ce ne sont pas des météorites mais une armada de vaisseaux spatiaux. Toute tentative de communication avec les visiteurs extra-terrestres s'avère vaine, mais
un savant surdoué (Jeff Goldblum) parvient malgré tout à comprendre leurs intentions, lesquelles n'ont rien de pacifiques ! Effectivement, en quelques jours, New York, Washington et Los Angeles
sont pulvérisées par les aliens belliqueux. La résistance se met alors en place...
A vrai dire, le scénario d'"Independence day" s'avère d'une effroyable platitude et ne
laisse que peu de place à la surprise, accumulant les invraisemblances au fur et à mesure de son développement. Mais ces carences narratives sont
parfois rattrapées par quelques morceaux d'anthologie visuels propres à couper le souffle des spectateurs les plus blasés. L'arrivée du titanesque vaisseau mère et des huit colossales soucoupes
volantes qu'il transporte est d'abord visualisée par d'immenses ombres se déplaçant lentement et occultant peu à peu la lumière du soleil. Avant que les soucoupes n'apparaissent distinctement,
elles provoquent d'étranges bouleversements atmosphériques, en particulier des formations nuageuses inhabituelles qui nous rappellent les cieux agités de "Rencontres du troisième type". Et puis, sans plus attendre, Roland Emmerich offre à nos yeux mi-terrifiés mi-émerveillés la vision surréaliste de ces soucoupes vastes de plusieurs
kilomètres de diamètre couvrant le ciel des plus grandes villes du monde, des images que les téléphiles ne peuvent s'empêcher de rapprocher de celles de la série "V".
Autre séquence absolument époustouflante, la destruction de New York atteint son paroxysme lorsque les
passants affolés s'ébattent en tous sens tandis que des dizaines de voitures voltigent dans les airs, soufflées par une explosion enflammée. Quant aux démentielles scènes de batailles aériennes
entre les vaisseaux extra-terrestres et les avions de chasse, elles décuplent les prouesses réalisées dans "Le retour du
Jedi".
Dommage que tout ce déploiement technique se soit mis au service d'un scénario aussi affligeant, accumulant clichés, bêtise et incohérence. Une indigence dont le sommet est sans nul doute atteint
par le discours du président des Etats-Unis (Bill Pullman) à ses troupes, véritable milk-shake de patriotisme et de naïveté qui ôte définitivement toute crédibilité à cette invasion
extra-terrestre boursouflée.


Couverture du Cinefex de septembre 1996