"Quelque chose a survécu" : suite poussive
| titre original | "The lost world : Jurassic Park" |
| année de production | 1997 |
| réalisation | Steven Spielberg |
| scénario | d'après le roman éponyme de Michael Crichton |
| photographie | Janusz Kaminski |
| musique | John Williams |
| interprétation | Jeff Goldblum, Julianne Moore, Richard Attenborough |
Review de Gilles
Penso (www.filmsfantastiques.com)
Deux périodes distinctes partagent la carrière de Steven Spielberg. La première s'achève avec "Jurassic Park". La seconde
commence avec "Le monde perdu". Entre les deux, une œuvre définitive, bouleversante, irréversible, marqua à tout jamais le cinéaste : "La liste de
Schindler". Reculant sans cesse la réalisation de ce projet qui l'effrayait, essayant même de convaincre Roman
Polanski ou Martin Scorcese de le réaliser à sa place, il le prit finalement à bras le corps en en fit le chef-d'œuvre que l'on sait. Mais en braquant
ses caméras sur la Shoah, il changea sa manière d'appréhender le cinéma. Ecartant désormais les cadrages larges au Cinémascope, les éclairages trop artificiels (comment oublier les nuits
sublimement irréelles de "Rencontres du troisième
type" ou "E.T." ?), les partitions chargées de thèmes épiques à la Richard Wagner, les figures héroïques trop archétypales, il se mit en
quête de réalisme, ce qu'"Il faut
sauver le soldat Ryan" allait confirmer avec un immense brio.
Comment, dans ce cas, aborder la suite de "Jurassic Park" ? Maladroitement, hélas. Il faut dire qu'avec le médiocre roman de Michael
Crichton comme point de départ (tellement moins palpitant que le précédent), Spielberg partait entravé d'un sérieux handicap. Le scénario de David Koepp s'éloigne
donc du matériau littéraire, reprend quelques éléments du premier livre (l'attaque de la petite fille par les minuscules compsognathus, le ptéranodon qui menace les héros) et semble surtout conçu
pour accumuler les scènes qui firent le succès du film précédent : la première apparition en plein jour des gigantesques herbivores, les véhicules des héros attaqués en pleine nuit et sous la
pluie par un tyrannosaure, l'assaut final des vélociraptors dans les locaux du parc...
Le fait que l'action se situe sur une île différente et que tout le casting (à l'exception de Jeff Goldblum et Richard
Attenborough) ait changé n'ôte pas le sentiment de déjà-vu. L'effet de surprise ne jouant plus, seules quelques idées visuelles font vraiment mouche, notamment la battue des raptors qui se
camouflent dans les hautes herbes pour mieux fondre sur leurs victimes ou la chasse aux dinosaures, variante antédiluvienne de celles d'Hatari. Le trop-plein de protagonistes empêche toute
identification de la part du spectateur, et le summum de l'absurde est probablement atteint dans cette scène impensable où la fille adoptive de Ian Malcolm effectue des figures d'acrobatie sur
des barres parallèles pour affronter les raptors !
Si le premier "Jurassic
Park" entretenait de nombreuses similitudes avec "King Kong", cette séquelle se pare d'allusions encore
plus flagrantes au classique de Schoedsack et Cooper. Cette fois-ci, le tyrannosaure vedette est carrément ramené en ville dans un navire baptisé « Venture »,
comme celui qui transportait le gorille géant en 1933, et saccage la cité comme tout bon dinosaure qui se respecte (est-ce pour justifier le titre de "Monde perdu", emprunté sans vergogne à
Arthur Conan Doyle ?). Renforçant la référence, la partition de John Williams oublie en grande partie les thèmes composés
dans le premier "Jurassic
Park" pour imiter les accents martiaux de la musique de Max Steiner.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |