Clichés, premier degré, préfabrication...
| titre original | "Hook" |
| année de production | 1991 |
| réalisation | Steven Spielberg |
| musique | John Williams |
| interprétation | Dustin Hoffman, Robin Williams, Julia Roberts, Bob Hoskins, Glenn Close, |
| Phil Collins |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Avec "Hook", Steven
Spielberg s'attaquait à la fois à un remake et à une suite du "Peter Pan" de Walt Disney, l'une des œuvres qui marquèrent durablement son enfance.
Malgré sa promesse de ne jamais grandir, Peter Pan est devenu adulte. Il s'est même marié et a eu des enfants. Aujourd'hui, il vit tranquillement aux Etats-Unis, porte le nom de Peter Banning et
s'est érigé au rang de célèbre avocat. Hélas, son travail envahissant le pousse à délaisser ses enfants, et même - horreur absolue ! - à rater le match de base-ball de son fils. Un jour, il
revient à Londres avec sa famille pour les vacances de Noël. Son éternel ennemi, le Capitaine Crochet, en profite pour enlever ses enfants. Peter est alors contraint de replonger dans le monde de
l'enfance oubliée, le Pays Imaginaire, cet endroit magique où il s'appelait encore Peter Pan...
Steven
Spielberg et Peter Pan : cette association semblait logique, voire inéluctable, d'autant que le projet traînait depuis près d'une décennie dans les tiroirs
du wonder boy. Hélas, en se réappropriant l'œuvre de James Barrie, le père d'"E.T." semble s'être laissé aller à une forme de paresse que nous ne lui connaissions pas. Toujours avide
jusqu'alors d'innovations narratives, scéniques, scénaristiques, esthétiques, techniques, le cinéaste se repose ici sur ses acquis et n'invente plus rien.
Il se paye le plus prestigieux des castings hollywoodiens de l'époque, mais pas forcément le plus judicieux. Certes, on rêvait depuis longtemps de le voir diriger Dustin Hoffman (dont le registre
n'est pas si éloigné de celui de Richard Dreyfuss). Mais sous la défroque caricaturale du Capitaine Crochet, le sublime interprète du "Lauréat" et de "Rain man" est à
10 % de son potentiel. Quant à Julia Roberts, malgré toute la sympathie
qu'elle dégage, on ne peut s'empêcher d'appréhender son incarnation de la fée Clochette comme un non sens absolu. Une petite blonde pétillante comme Meg Ryan n'aurait-elle pas été cent fois plus
adaptée au rôle ?... En fait, Spielberg pensait initialement à Carrie Fisher, mais la Princesse Leïa de "La guerre des étoiles" n'avait plus vraiment l'âge requis pour jouer les fées. Elle
participa cependant au film en apportant une petite touche féminine au scénario de James V. Hart. Les spectateurs les plus attentifs le remarqueront même le temps d'une apparition très furtive
aux côtés de George Lucas. D'autres stars font leur petit cameo au fil du métrage, notamment Glenn Close et Steven Spielberg lui-même, grimés en
pirates.
Les décors de "Hook" ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux du dessin animé de Walt Disney, c'est indéniable, mais ils passent mal le cap de la prise de vues réelle, et la
féerie qu'ils veulent évoquer est bien trop artificielle pour séduire (les matte paintings 3D n'étaient alors pas aussi élaborés qu'aujourd'hui). Seule la bataille finale exhale un beau
souffle épique, soutenue par une partition emphatique de John Williams. Mais c'est bien peu pour plus de deux heures de métrage, et Spielberg fut le premier à reconnaître que le résultat
final n'était pas vraiment à la hauteur de ses espérances.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |