A ne pas confondre avec "L'avocat du diable"...
| titre original | "Devil's advocate" |
| année de production | 1997 |
| réalisation | Taylor Hackford |
| photographie | Andrzej Bartkowiak |
| interprétation | Al Pacino, Keanu Reeves, Charlize Theron |
Review de Gilles
Penso (www.filmsfantastiques.com)
"L'associé du Diable" est un projet qui traînait chez Warner depuis le début des années 90. Un temps, il fut question que Joel Schumacher le réalise, avec Brad Pitt en tête d'affiche. C'est finalement Taylor Hackford
("Dolores
Claiborne") qui en hérita.
Jeune avocat ambitieux qui exerce en Floride, Kevin Lomax (Keanu Reeves) gagne systématiquement tous ses procès, défendant de préférence les meurtriers et les
pédophiles sur la culpabilité desquels il préfère souvent fermer les yeux. Certes, quelques états d'âme semblent parfois sur le point de remonter à la surface, mais jamais suffisamment pour
altérer ses plaidoiries. Marié à Mary Ann (Charlize Theron), une femme d'affaire aimante taillée comme un top model, il mène la belle
vie.
Un jour, il attire par ses prouesses l'attention de John Milton (Al Pacino), le chef mystérieux d'un puissant bureau d'avocats new-yorkais. Une proposition
alléchante pousse Lomax et son épouse à s'installer à Manhattan. Les affaires y sont plus florissantes que jamais, la carrière de Kevin décolle subitement... Mais peu à peu, le malaise s'insinue.
Mary Ann en est la première victime, frappée d'hallucinations de plus en plus inquiétantes (ses nouvelles amies ont soudain des visages monstrueux, un enfant erre dans son appartement). Kevin
lui-même perd parfois pied, confondant son épouse avec son envoûtante collègue Christabella (Connie Nielsen). Le jeune avocat refuse de se l'avouer, mais il
devient bientôt évident que son patron n'est autre que le Diable, et qu'il tire toutes les ficelles de sa vie.
Si Keanu Reeves se glisse sans mal dans la peau de Lomax et si Pacino est un Satan absolument parfait, la vraie
révélation du film est Charlize Theron. En cours de métrage, la belle plante révèle ses failles, ses faiblesses, bascule dans la dépression, et l'actrice
(alors inconnue du grand public) joue cette déchéance avec une justesse assez bouleversante. Le cauchemar insidieux décrit dans le film est proche de celui que vit Mia Farrow dans "Rosemary's
baby", et le changement de coupe de cheveux de Mary Ann en cours de métrage, pour anecdotique qu'il semble, n'a rien d'innocent. Grâce à d'habiles
effets spéciaux, "L'associé du Diable" nous offre quelques visions surprenantes comme une ville de New York soudain vidée de ses habitants, ou des bas-reliefs qui s'animent
soudain.
Mais ce sont les dialogues du film qui sont probablement les plus savoureux, Pacino exultant au cours d'un monologue final mémorable. « Le libre arbitre,
c'est comme les ailes du papillon », lance-t-il. « Si on les touche, il arrête de voler. Je ne fais que planter le décor, chacun tire ses propres ficelles ». Après s'être octroyé le beau rôle du
simple tentateur, il s'en prend directement à Dieu, qu'il qualifie littéralement de farceur et de voyeur : « Il donne à l'homme des instincts, il vous donne ce don extraordinaire, et que fait-il
? Pour son propre plaisir, pour une tranche de rigolade personnelle et cosmique, il impose les règles contraires. » De nombreux rebondissements surviennent au cours du dernier quart d'heure,
jusqu'à un final qu'on aurait aimé plus mordant, mais dont le moralisme n'altère pas l'efficacité de ce remarquable essai sur les racines du mal.
|
Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |