Mask attacks !
| titre original | "Scream" |
| année de production | 1996 |
| réalisation | Wes Craven |
| interprétation | Drew Barrymore, Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette |
| récompense | Grand prix au festival international du film fantastique de Gérardmer 1997 |
| suites | • "Scream 2", Wes Craven, 1997 |
| • "Scream 3", Wes Craven, 2000 |
Review de
Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Avec "Freddy sort de la nuit", Wes Craven avait tenté une approche analytique du
slasher, mais en tombant dans les lieux communs qu'il dénonçait, il finissait par ruiner un peu sa démonstration. Quelques années plus tard, il prolonge pourtant cette démarche avec
"Scream", et force est de reconnaître que cette fois-ci, la réussite est totale. « Dans "Scream", on ne met plus en scène les gens qui font les films d'horreur,
comme pour "Freddy sort de la nuit", mais ceux qui les regardent », nous explique
Wes Craven. « Les
personnages sont donc des fans de cinéma d'épouvante. Les spectateurs se trouvent du même coup en présence de héros qui leur ressemblent, ont les mêmes références et les mêmes réactions qu'eux. »
(1)
Tout de noir vêtu, masqué d'un faciès blanc et grimaçant, un serial killer fan de films d'horreur terrorise la petite ville tranquille d'Hillsboro, assassinant
sauvagement Casey Becker et son petit ami, avant de s'en prendre à l'étudiante Sidney Prescott et à ses amis... Le miracle de "Scream" tient au fait que le film démonte un à un
tous les mécanismes qui régissent les "Halloween", "Vendredi 13" et consorts tout en
obéissant lui-même aux mêmes règles, piégeant ainsi un spectateur consentant, prévenu et conditionné. A ce titre, une séquence est exemplaire : Sidney se moque ouvertement des
héroïnes de films d'horreur qui, au lieu de fuir les tueurs en quittant leur maison, courent stupidement se réfugier au premier étage. Or quelques minutes plus tard, c'est exactement ce qu'elle
est contrainte de faire !
Le choix de l'aspect physique du tueur participe lui aussi d'une volonté de démarcation et d'approfondissement. Car à la culture populaire d'"Halloween" et de
"Vendredi 13" (le masque de carnaval ou de hockey), Craven oppose une référence expressionniste : le tableau "Le Cri" d'Edward Munch, auquel le film doit d'ailleurs son titre. « Voilà ce qui arrive quand un ancien professeur de fac réalise des films d'horreur ! » (2) plaisante Craven, avant de reconnaître que
cette référence est en partie inconsciente, dans la mesure où le masque fut trouvé par hasard chez un collectionneur pendant des repérages. Le minutieux scénario de Williamson multiplie à loisir
les fausses pistes jusqu'à une révélation finale pour le moins surprenante.
Outre Drew Barrymore, héroïne de la séquence d'introduction qui demeure
l'un des moments les plus forts du film, "Scream" met en scène des comédiens issus de la sitcom et de la série familiale, notamment Neve
Campbell ("La vie à cinq") et Courteney Cox ("Friends"), à contre-courant et à contre-emploi de leur popularité télévisée. La seule chose un tantinet
curieuse, dans "Scream", est le sentiment que Wes Craven crache un peu dans la soupe, comme s'il ne croyait plus vraiment au genre qui l'a pourtant nourri tout au long de sa carrière. D'autant que
son film suivant, "La musique de mon cœur", marquera une brutale rupture en suivant les voies du mélodrame social réaliste. Mais Craven reviendra vite à ses
premières amours, et sans doute faut-il surtout voir dans "Scream" une démarche introspective, mêlant intimement la dérision et le profond respect du genre. D'ailleurs, le tueur
au masque blanc a subitement relancé la vogue du slasher, dont la popularité s'était progressivement étiolée au fil des ans.
(1) et (2) propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005
|
Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |