titre original "Bram Stoker's Dracula"
année de production 1992
réalisation Francis Ford Coppola
scénario d'après le roman de Bram Stoker
photographie Michael Balhaus
production American Zoetrope
interprétation Gary Oldman, Keanu Reeves, Anthony Hopkins, Winona Ryder
   
récompenses • Oscar de la meilleure création de costumes
  Oscar du meilleur mixage
  Oscar du meilleur maquillage


Review de Pierre

J'ai revu 1 heure 20 du "Dracouilla" de Coppola hier soir (interrompu pour cause fatigue), dont j'avais un mauvais souvenir, mais dont le DVD est en promo en ce moment.

C'est pas si mal ! OK, les acteurs ne sont vraiment pas géniaux. Oldman vite énervant ("Welkom tou maï hhhhhhhhhôôôôôôme"), Keanu insipide, Winona débile et Hopkins plus cabot que le Nicholson des grands jours période Joker. Mais à part ça, c'est tout de même visuellement assez recherché et plein d'idées (peut-être un peu trop, je le concède).

En tout cas, ce n'est pas indigne de Coppola, qui pourrait, il est vrai, faire tellement mieux.


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Somptueux et fidèle au roman de Stoker, paru en 1897.

D'où vient pourtant un sentiment d'insatisfaction ? Peut-être en raison d'une trop grande fidélité à un roman où les lettres occupent une grande place et ralentissent l'action. Peut-être aussi à cause de Gary Oldman, qui ne fait pas oublier Nosferatu, Bela Lugosi et Christopher Lee.

Coppola s'est défendu de toute allusion au sida. On y pense néanmoins.



Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)

En s'efforçant d'adapter le plus fidèlement possible le roman de Bram Stoker, on aurait pu penser que Francis Ford Coppola cherche à tendre vers une certaine forme de réalisme et de minimalisme. Or, le réalisateur d'"Apocalypse Now" opte au contraire pour une stylisation excessive, résolument théâtrale, voire artificielle. Par son choix d'un tournage intégralement en studio, ses couleurs saturées, ses trucages à l'ancienne, ses fumigènes et ses toiles d'araignées, ce "Dracula" évoque du coup les classiques horrifiques des années 60, ceux de Terence Fisher, Roger Corman, et surtout Mario Bava. Tout, dans le film, s'avère superbement outrancier. Le château de Dracula, aux allures de sinistre roi déchu assis sur son trône, l'ombre facétieuse du comte qui s'évertue à ne pas bouger en synchronisme avec lui, le jeu emprunté de Gary Oldman - à côté de qui Bela Lugosi semble presque sobre ! - assorti d'un maquillage et d'un costume grandiloquents hérités du théâtre kabuki...

Le prologue s'efforce d'assurer le lien entre le personnage réel de Vlad Tepes et le Dracula du roman, décrivant les tourments du fier guerrier roumain face au cadavre de sa bien aimée qui se donna la mort en le croyant tombé sur le champ de bataille. Rejetant violemment le christianisme, se damnant pour l'éternité, nous le retrouvons des siècles plus tard sous les traits vieillissants d'un aristocrate excentrique, ordonnant au jeune clerc de notaire Jonathan Harker (un Keanu Reeves d'une grande fadeur) d'orchestrer son emménagement à Londres. Aux figures imposées par le récit, Coppola adjoint une bonne dose d'érotisme morbide, notamment lorsque les trois femmes vampires s'en prennent au pauvre Jonathan, ou lorsque Mina (Winona Ryder), la fiancée de Jonathan, découvre son amie Lucy violée par un homme-loup grimaçant qui n'est autre que Dracula en personne ! Et Anthony Hopkins, sous les traits d'un Van Helsing exubérant, de lancer : « veillez sur Lucy, ou elle deviendra une traînée du démon ! ».

Mais lorsque notre comte, soudain rajeuni, fait la rencontre de Mina en qui il reconnaît la réincarnation de sa bien aimée, la trivialité cède le pas à une romance trouble et envoûtante. « J'ai traversé des océans d'éternité pour vous trouver » lui avoue-t-il, tandis que Mina, laissant affleurer à sa mémoire des images d'une vie antérieure, décrit le visage de la princesse qu'elle fut quatre siècles plus tôt comme « un fleuve empli de larmes, de tristesse et de désespoir », le tout porté par une magnifique partition de Wojciech Kilar.

Se laissant souvent tenter par des facéties visuelles inventives (la morsure du vampire s'enchaîne avec des yeux de loup, un cercle de bougies se mue en soleil couchant), Coppola ne se réfrène pas non plus en matière d'effets spéciaux très explicites (au-delà de ses transformations en loup-garou, Dracula devient aussi une fumée vivace ou un homme-chauve-souris très impressionnant). Hélas, moins terrifiant que les versions de Terence Fisher, moins émouvant que la relecture de John Badham, ce Dracula cru 1992 peine un peu à révolutionner un récit tant galvaudé, malgré ses innombrables trouvailles et son casting de haut niveau.

Dracula - CFQ de décembre 1992
Couverture du Cinefantastique de décembre 1992

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