Le "Heat" et chef-d'œuvre d'Abel Ferrara

The King of New York

titre original "King of New York"
année de production 1990
réalisation Abel Ferrara
musique Joe Delia
interprétation Christopher Walken, Laurence Fishburne, David Caruso, Wesley Snipes, Victor Argo


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Bonne biographie de gangster.

Cette fois, le portrait est plus nuancé qu'à l'habitude, mais le rythme reste trépidant.


Review de Pierre

C'est peu dire que j'aime Abel Ferrarra, le seul, le vrai, celui des années 80 et du début des années 90. A l'époque, il avait tout pour devenir un des plus grands metteurs en scène de tous les temps : la thématique de Scorsese, l'amour du New York cradingue "à la Lustig" du début des années 80, un vrai goût pour les tough guys à la Michael Mann (avec qui il a collaboré à la télévision), un immense talent visuel (j'y reviens) et des qualités évidentes de directeur d'acteurs hors pair.

Pour certains cinéastes, on identifie tout de suite le "pic" de leur carrière : regardez Kitano avec "Hana-bi", Michael Mann avec "Heat" ou Cronenberg avec "Faux-semblants". Pour Ferrarra, "The King of New-York" est ce film-là.

Le pitch : Frank White, un parrain de la drogue, sort de prison. Il fait le vide autour de lui en liquidant tous les autres druglords de la ville. Son rêve ? Devenir maire. Pour cela, il souhaite investir dans un hôpital. Mais un groupe de flics ulcérés par sa libération va tout faire pour l'arrêter...

Les 5 premières minutes du film suffisent à en faire un chef-d'oeuvre. La sortie de prison de Christopher Walken a lieu en fin de journée ; une limousine l'attend, et Walken roule lentement vers NY au fur et à mesure que la nuit tombe. Ce voyage est filmé comme une plongée dans les ténèbres. Walken, le visage las, contemple depuis sa limousine des rues épouvantables, qu'on a rarement filmées comme ça. On se croirait dans "New York 1997" ou dans un post-nuke. La faune nocturne n'est pas truculente ou amusante, on se croirait dans un film d'horreur, et cela uniquement grâce au talent de cinéaste de Ferrara. Cette intro glace vraiment le sang.
Mais c'est le prélude à toute une série de scènes très différentes, parfois effrayantes, souvent puissamment érotiques. Ferrara est aussi à l'aise avec des gunfights étourdissants et utilise sa musique rap avec un vrai talent de clippeur.

On découvre également une galerie de personnages et d'acteurs rarement égalée. D'abord, Laurence Fishburne (avant sa cure de shocks), ici dans le rôle de Jimmy Jump, officiellement considéré comme LE premier gangst rapper de l'histoire du cinéma. C'est simple : il est affreux, immonde, repoussant et très marrant. Le mec n'a aucune limite et dit "fuck" tout le temps à tout le monde (cf. une super scène où il achète des cuisses de poulet). Ensuite, l'équipe des flics : Victor Argo (plein de rôles de gangsters et de truands), Wesley fuckin' Snipes dans un de ses tous premiers rôles, et SURTOUT David Caruso. Le rouquin, dans un de ses tous premiers rôles, joue le rôle d'un flic dingos, dans le même genre que le William Petersen de "Police fédérale Los Angeles", prêt à tout pour arriver à ses fins. Le mec, dans un accès de rage, décide carrément de supprimer Walken ! Caruso est excellent dans ce rôle, quasiment à jeu égal avec Walken et Fishburne. (Je ne parle pas de Walken que tout le monde connait et qui livre ici la plus grande prestation de sa carrière avec "Dead zone".)

Bref, si vous n'avez pas vu "The king of New York", il est urgent d'y remédier, car ce film est pour moi une immense réussite, de la trempe des chefs-d'oeuvres éternels. Dommage que Ferrara, qui a certainement cassé les bonbons de pas mal de producteurs, n'ait jamais pu refaire un film aussi bien. Même s'il a fait beaucoup de belles choses depuis, il n'a, pour moi, jamais retrouvé l'état de grâce de ce "King of New York"...

The King of New York - photo 1
The King of New York - photo 2
The King of New York - photo 3
The King of New York - photo 4

 

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