13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 17:46
Dudeisme
 

titre original "The big Lebowski"
année de production 1998
réalisation Joel Coen
scénario Joel et Ethan Coen
photographie Roger Deakins
musique Carter Burwell
interprétation Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi, John Turturro,
  Philip Seymour Hoffman, Peter Stormare, Ben Gazzara, Jon Polito, Aimee Mann, Flea


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

(...) Il s'ensuit une comédie policière dans laquelle les frères Coen font défiler un producteur de films X, une nymphomane, un nabab reclus dans sa villa et une brochette de tueurs. On accepte le principe de la grosse farce et on marche, mais si l'on a un esprit trop critique, mieux vaut aller voir un autre film.


La critique de Didier Koch

Les frères Coen, comme Tim Burton ou Michel Gondry, font partie des réalisateurs iconoclastes d’Hollywood. Les deux frangins se sont fait un plaisir, depuis leurs débuts avec "Sang pour sang", de déjouer les codes des films noirs, policiers  et de gangsters pour leur donner un nouveau souffle, destiné à réveiller l’intérêt du public pour ces genres passés au second plan depuis l’apparition des films d’aventure et de super-héros, plus adaptés à la mise en valeur des effets spéciaux, nouveau chakra de la Mecque du cinéma.

Ici, c’est le film de détective à la Chandler qui passe à la moulinette, via une adaptation vaguement inspirée et complètement barrée du "Grand sommeil" d’Howard Hawks. Humphrey  Bogart remplacé par un Jeff Bridges en bermuda, hirsute et bedonnant, il fallait oser le faire ! Certes, au fur et à mesure du temps, le détective décliné successivement sous les traits de Mitchum, Sinatra, Martin, Newman ou Gould avait vu sa condition évoluer dans le sens d’une décontraction de plus en plus affirmée à mesure que l’on se rapprochait des seventies, mais les canons du genre étaient pour l’essentiel toujours respectés. Le plus innovant dans le domaine fut sans conteste Robert Benton qui, en confiant à Art Carney, dans "Le chat connaît l'assassin", le rôle d'un détective âgé, sourd et ulcéreux, rompit une première fois avec l'image de séducteur attachée au privé.

Les frères Coen, pour leur part, imbibent leur héros de toute  la « coolitude » possible en faisant du "Duc" un junkie en trip permanent, ce qui leur permet, au passage, de nous livrer quelques belles scènes de "voyages" sous influence lysergique. Le privé est en général un être solitaire, c’est même un de ses signes distinctifs ; le Duc, au contraire, vit entouré d'une faune bigarrée qui fait autant l'objet de l'attention des frères Coen que les personnages directement liés à l'enquête. Cette autre innovation par rapport aux canons du genre est tout à fait justifiée si l'on songe que le mode de vie du Duc descend en droite ligne des communautés hippies qui ont peuplé, dans les années 60, San Francisco et Los Angeles. Après chaque élément nouveau de l’enquête, Bogart ou Sinatra se retrouvaient seul dans l’univers clos de leur bureau ou de leur appartement enfumés ; Jeff Bridges, lui, vient se ressourcer auprès de ses potes dans son bowling habituel où il peut débriefer, un russe blanc à la main, les derniers évènements survenus depuis qu’un malotru est venu sans crier gare « pisser sur son tapis », comme il aime le répéter à l’envi. Le Duc est un détective de circonstances, ce qui donne toute liberté aux frères Coen pour dynamiter un genre auquel ils rendent, avec leur style si particulier, un hommage vibrant. Contrairement aux Marlowe, Harper  ou Spade qui rêvent souvent de rendre les armes pour une retraite bien méritée, le Duc a depuis bien longtemps déposées les siennes aux vestiaires, s’il les a déjà prises un jour. Tout ce qu’il demande, c’est qu’on lui fiche la paix. Forcément, son attitude face aux êtres cupides qu’il croise au cours de son enquête en déconcerte plus d’un, y compris le spectateur ravi.

Lui-même d’ailleurs ne comprend pas grand-chose à cet embrouillamini, d’où l’influence grandissante de son pote Walter (John Goodman), vétéran du Vietnam qui, à force de certitudes et d’affirmations grandiloquentes, pousse le Duc dans des impasses souvent fâcheuses mais hilarantes. Il faut dire que les acolytes de Jeff Bridges ont été fort judicieusement choisis par les frères Coen, que ce soit John Goodman, inénarrable, ou Steve Buscemi, bête comme une oie. Cette composition baroque et totalement réjouissante permet à John Turturro, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman ou Ben Gazzara de venir apporter leur pierre à un édifice qui, s’il peut paraître branlant à l’image de l’esprit embrumé du Duc, est en réalité une mécanique de précision fort bien huilée.

Juste après une telle débauche d’inventivité, les Coen ont été moins en verve sur deux ou trois films ("Ladykillers", "O’ brother" ou "Intolérable cruauté"). Rien de plus normal, ce n’est pas tous les jours que l’on peut toucher du bout de ses doigts la perfection. Le Duc est grand, et c’est avec plaisir, comme le dirait Sam Elliot, le moustachu du bar, qu’on lui rendra visite tous les 4 ou 5 ans pour constater qu’il est encore parmi nous, car en ces années où tout fout le camp, c’est bon de savoir qu’un type comme lui existe.

Il faut noter que le film fit un bide aux States et qu’il demeure à ce jour un des moins bons scores au box-office des deux frères. Comme quoi !


Russe blanc

La boisson favorite du Dude (Jeff Bridges) est le white russian, cocktail à base de vodka, de crème liquide ou de lait et de Kahlúa (liqueur de café).

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Autobahn est le nom du groupe de "techno-pop" fondé par les nihilistes allemands du film. Il provient du titre d'un album du groupe allemand Kraftwerk sorti en 1974.
Nagelbett est le nom de l'album du groupe du film, dont la pochette fait référence à celle de l'album "The Man-Machine" de Kraftwerk (1978).

 

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