Article d'Aurélien Portelli, enseignant en histoire du cinéma et
auteur du blog "Mécanique
filmique".

La guerre du Viêtnam a été le conflit le plus long et le plus impopulaire de l’histoire des Etats-Unis. Il est à l’origine d’une
crise sociale, économique et politique sans précédent. La guerre a causé 58 000 morts ou disparus ainsi que des centaines
de milliers de blessés du côté américain, et un coût matériel estimé à plus de 110 milliards de dollars en dépenses directes (et à un total de plus de 900 milliards en comptant les effets
indirects). La chute de Phnom Penh et celle de Saigon deux ans après le repli des forces américaines révèle l’ampleur de la défaite et ébranle le prestige du leadership des Etats-Unis. Le nombre
élevé de pertes humaines, les révélations sur le massacre de My Lai et les antagonismes qui divisent l’opinion provoquent une profonde crise morale. Le
syndrome vietnamien touche ainsi plusieurs couches de la population, et en premier lieu les soldats qui reviennent du front et qui sont traumatisés par l’expérience de la guerre. Il n’est donc
pas étonnant que le sujet ait inspiré des centaines de scénarios de films des années 1960 à nos jours.

Le désintérêt
des studios et des spectateurs (1964-1978) : cliquer ici.
Le début de
l'exploitation hollywoodienne du conflit (1978-1985) : cliquer ici.
L’apogée du
cinéma-Vietnam (1986-1993) : cliquer ici.
La cicatrisation du syndrome vietnamien et sa progressive disparition cinématographique (1993-….)
La 4ème période du cinéma-Viêtnam débute en 1993. Le syndrome s’est appaisé et l’image-Viêtnam devient un simple référent cinématographique. Vingt-neuf ans après le premier film sur le conflit,
un cinéaste américain s’intéresse enfin au peuple vietnamien. Dans "Entre ciel et terre" (1993), Oliver Stone raconte cette
fois l’histoire d’une Vietnamienne, depuis la guerre d’Indochine jusqu’à son arrivée aux Etats-Unis et son retour dans son village natal. Certains critiques évoquent le cinéma-Viêtnam à travers
le prisme de ce film. Pour Les Cahiers du cinéma : « Cette guerre, sans doute plus que les autres, fut inséparable de la notion de dissimulation et de projection paranoïaque. Ce que le
cinéma n’a cessé de radiographier, c’est la guerre livrée par les Américains contre eux-mêmes, contre leur image, leur peur, leurs illusions ou leurs désillusions, leur traumatisme ou leur
jouissance... Mise en scène déréglée de leur devenir » [5]. De nombreux articles annoncent la sortie de "Entre ciel et terre" comme la cloture symbolique du cinéma-Viêtnam. "Trois saisons" (1998) complète cependant la thématique de "Entre ciel et terre" et offre une réflexion sur la condition des Vietnamiens dans les années
1990.
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Entre-temps, Robert Zemeckis réalise "Forrest Gump" en 1994. Ce film retrace, à travers la vie du personnage éponyme (Tom Hanks), les grands événements historiques des Etats-Unis de la 2nde moitié du XXe siècle. La
guerre du Viêtnam, au même titre que l’affaire du Watergate, devient un événement qui se dilue dans l’histoire américaine. A la fin, l’ancien officier de Forrest épouse une Vietnamienne,
symbole du consensus entre les deux nations. Le film est fortement critiqué en France. En témoigne la réaction de l’article paru dans Les Cahiers du cinéma : « "Forrest Gump" n'a de
l’Histoire qu’une vision amnésique (…). Le film se range implicitement du côté des valeurs conservatrices que son héros finira par incarner » [6].
Le syndrome appartient désormais au passé, mais l’image-Viêtnam n’a pas disparu des écrans.
On retrouve fréquemment le personnage de l’ancien combattant, comme dans "The big Lebowski" (1998), ou de l’objecteur de conscience dans "Une vie volée" (1999). Il est cependant plus rare de trouver des films de combat tels que "Tigerland" (2000). Pourtant, si les séquelles du
conflit se sont résorbées, les références actuelles à la guerre restent liées, dans la conscience des spectateurs, aux représentations produites par le cinéma américain. Le discours historique
peut difficilement rivaliser avec la vision fictionnelle de l'histoire, imposée par les images sur le Viêtnam.
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[5]
Jacques Morice, « Victime, forcément victime, "Entre ciel et terre" », Cahiers du Cinéma, n°476, février 1994, p.76-77
[6] Cf. Cahiers du Cinéma, n°484, octobre 1994, p.68.









